Dreamland Reborn • Afficher le sujet - Une plume sans histoire

Une plume sans histoire

Fanarts, Fanfics, demandes de bannières, et autres... Création, création, création !

Une plume sans histoire

Message non lupar Nicomanga » 26 Oct 2014, 11:55

Salut à tous !

Bon, vu le monde qui a posté jusqu'ici, je me suis dit qu'il était temps que je m'y mette moi aussi. Contrairement à ce que vous pensez peut-être (ou peut-être pas), je ne dessine pas du tout. Mon truc à moi, c'est plus comme Death, ou Tushin, c'est l'écriture.

C'est donc ici que je posterai mes quelques nouvelles. Je n'en ai vraiment pas beaucoup, pour la simple et bonne raison que ça me prend énormément de temps, mais pour écrire une nouvelle de deux pages. Sachant que le temps, c'est ce que j'ai le plus d emal à trouver (le défaut d'être désorganisé et de vivre dans un bordel organisé).

En espérant que ça vous plaise =)
Image

Songe 1 : royaume des doutes


Trophées : 0/6/10/20
We are Legend
Agent du Chaos
Chuitrod4rk
Team 34 ?
Héros
Ascension

Vétéran
Kikilaplusgrosse ?
Fan
Le Chat Bugué
People
Vive les couteaux !
Engagé
Kikinaéteintlaloupiotte ?
Perfect
Winner !

Naissance
Oups !
Galinette cendrée
C'est l'heure du dudududuel !
Grand Voyageur
Tu veux être mon ami ?
PPDA
T'es mort !
2 étoiles
Casse-noix
Chrysanthème
Patchwork
CACA !
Brûle mon cosmos !
Service civique
Couronne
Toxique
Foutu livre !
1 étoile
PNJ
Assistance
Avatar de l’utilisateur
Nicomanga
Clé des Flood
 
Messages: 2303
Inscription: 14 Juin 2011, 14:06
Localisation: Je suis caché dans mon nez !
Phobie/ Pouvoir: Indolore

Re: Une plume sans histoire

Message non lupar Nicomanga » 26 Oct 2014, 11:57

Edito :

Ecrit à l'occasion d'un concours d'écriture, avec deux thèmes au choix : la nature, ou le rêve. J'ai choisi le rêve. Bonne lecture.


Nouvelle : Le carnet

Le carnet


Il faisait drôlement chaud aujourd’hui. Pourtant, ça ne m’empêchait pas d’être à l’aise avec mon manteau délavé, mon écharpe usée et mes mitaines rapiécées. La fille et moi étions sortis à la recherche de n’importe quoi pouvant être utile. Je ne me rappelais plus vraiment pourquoi, mais la raison donnait tout son sens à notre sortie. J’en étais sûr.

Autour de nous, le décor était d’une tristesse affligeante : des bâtiments désertés et envahis par la végétation, des rues abimées par le temps, des véhicules usés par les intempéries. Partout, on ne voyait qu’un paysage où la nature avait repris ses droits. Le silence pesant et la poussière accentuaient la détresse dans laquelle nous nous trouvions.

Tous les bâtiments avaient les vitres brisées. Je choisis d’entrer dans le premier qui se trouvait sur ma gauche. Comme à son habitude, la fille choisit de m’attendre à l’entrée. Pas besoin de regarder derrière, je savais qu’elle serait là à mon retour. Assez étrangement, elle n’avait jamais voulu que je prononce son nom, si bien que je l’avais oublié… C’est triste…

Le soleil pénétrait dans l’immeuble à travers les fenêtres brisées. Mais plus j’avançais, plus la lumière s’estompait. J’avançais dans une salle presque vide, proposant quelques portes que je pourrais emprunter. Je n’aurais pas su dire sur combien d’étages le bâtiment s’étendait, mais dans tous les cas, je n’aurais pas été en mesure de tous les visiter. C’était l’évidence même. Je fouillais rapidement les meubles qui se trouvaient là. Dans les tiroirs de la commode sur ma droite, je ne trouvais que du fil, un crayon mal taillé et un couteau que je rangeais dans la poche intérieure de ma veste, ainsi que des babioles sans grand intérêt. Une plante desséchée se dressait pitoyablement au-dessus. Les autres meubles, quant à eux, étaient vides. Je soupirais.

Je regardais attentivement le reste de la pièce sur ma gauche, lorsque je remarquais une ouverture à l’angle du mur. Les pierres y étaient fracassées, leurs morceaux éparpillés au sol. Je m’en approchais, puis regardais à l’intérieur. Le trou était incroyablement sombre. Je sortis une boîte d’allumettes, et en allumait une avant de pénétrer dans l’ouverture. J’étais assez surpris de remarquer que la flamme éclairait parfaitement le chemin sur plusieurs mètres. Il s’agissait d’un petit tunnel, qui s’étendait sur une vingtaine de mètres. Difficile de penser qu’un tel chemin existe à l’intérieur de ce bâtiment…

Quelques secondes me suffirent pour traverser le passage souterrain. Celui-ci menait à une grande pièce, dans laquelle flottait le parfum bien particulier des vieux livres. Mon allumette suffisait pour éclairer l’intégralité de cet endroit ; et comme je le pensais, des livres jonchaient le sol, et couvraient les murs. Le plafond n’était pas bien haut, pourtant une perspective anormale semblait le déformer. Je voyais des millions de livres qui attendaient d’être ouverts, là où ils auraient dû n’être que quelques centaines.

Je n’aurais jamais pensé tomber sur une telle caverne d’Ali Baba aujourd’hui. Mais je n’avais pas la place d’en prendre avec moi. En inspectant la pièce en détail, je remarquais qu’il ne s’agissait que de livres de littérature et d’essais philosophiques. Proust, Sartre, Mill, Foucault, Goethe… Les dernières traces de l’humanité attendaient là sagement que quelqu’un les récupère et répande à nouveau le savoir qu’elles renfermaient.

Je n’étais cependant pas venu pour ça. Les livres n’aident pas à survivre après tout. Je m’arrêtais soudainement lorsque j’aperçus un carnet posé sur un support en bois. Je m’en approchais et l’ouvrais avec précaution. Les feuilles étaient encore souples. A la vue des pages blanches à l’intérieur, une forte envie d’écrire s’imposa à moi. Je sortais le crayon mal taillé de l’intérieur de ma veste et le posais sur le papier. Puis j’attendais. Ecrire, oui, mais quoi ? Puis c’était l’évidence même. Ma main s’activait toute seule, le crayon glissait sur le papier pour écrire un seul mot : Solenn. C’était le prénom de la fille. Il avait ressurgit des méandres de ma mémoire, en passant par quelque obscur chemin de mon esprit.

Je contemplais mon œuvre avec intérêt, avant de paniquer. J’ai écrit son nom, alors qu’elle m’avait toujours interdit de la nommer. Je refermais précipitamment le carnet, le regardais, remplis de confusion, puis m’enfuis désespérément vers la sortie. Je transpirais à grosse goutte à cause de la peur et de ma course ; je traversais le couloir, passais le trou, puis la pièce, pour finalement arriver à l’entrée de l’immeuble, où la fille m’attendait. Elle me regardait bizarrement.

« Qu’est-ce qu’il y a… », dit-elle.

Sa façon de parler avait toujours été étrange. Lorsqu’elle posait une question, l’intonation montante propre à l’interrogation était toujours absente. Comme à cet instant. Je la regardais, inquiet, mais elle restait impassible. Il ne s’était donc rien passé ? N’étant pas rassuré pour autant, je rentrais à nouveau dans le bâtiment. Je rejoignais le trou pour finalement constater qu’il avait disparu. Tout comme les débris éparpillés sur le sol. Plus rien.

Une sueur froide parcouru mon dos de haut en bas. Les bruits de mouvement que j’entendis derrière moi n’arrangèrent rien. Je me retournais brusquement pour me retrouver nez à nez avec un visage entièrement lisse : ni yeux, ni nez, ni bouche. Un rapide coup d’œil sur les vêtements et les cheveux tombants de l’individu me firent comprendre qu’il s’agissait de la fille. Elle se vengeait. Car j’avais donné son nom au carnet.

La terreur me saisit à nouveau, plus forte que jamais, et me fit fermer les yeux. Je tremblais comme une feuille et respirais bruyamment. Une seconde plus tard, une chose lourde et au contact désagréable pressa mon dos. Elle semblait accrocher ma peau, et absorber ma sueur. Je ne pus réprimer un hurlement d’horreur. J’ouvris les yeux.

Face à moi ne se trouvait que l’obscurité, et un calme pesant. Quand mon allumette s’était-elle éteinte ?
Dernière édition par Nicomanga le 16 Jan 2016, 18:25, édité 1 fois.
Image

Songe 1 : royaume des doutes


Trophées : 0/6/10/20
We are Legend
Agent du Chaos
Chuitrod4rk
Team 34 ?
Héros
Ascension

Vétéran
Kikilaplusgrosse ?
Fan
Le Chat Bugué
People
Vive les couteaux !
Engagé
Kikinaéteintlaloupiotte ?
Perfect
Winner !

Naissance
Oups !
Galinette cendrée
C'est l'heure du dudududuel !
Grand Voyageur
Tu veux être mon ami ?
PPDA
T'es mort !
2 étoiles
Casse-noix
Chrysanthème
Patchwork
CACA !
Brûle mon cosmos !
Service civique
Couronne
Toxique
Foutu livre !
1 étoile
PNJ
Assistance
Avatar de l’utilisateur
Nicomanga
Clé des Flood
 
Messages: 2303
Inscription: 14 Juin 2011, 14:06
Localisation: Je suis caché dans mon nez !
Phobie/ Pouvoir: Indolore

Re: Une plume sans histoire

Message non lupar Nicomanga » 10 Mar 2015, 19:09

Edito :

J'avais envie de tenter un petit quelque chose sur certaines phobies : représenter les phobies avec leur opposé. D'autres viendront sûrement après. Ici, il s'agit de la phobie de la mort.

NB : comme j'aimerai m'améliorer en écriture, si vous avez des remarques à faire, bonnes ou mauvaises, n'hésitez pas. Mais surtout argumentez, c'est toujours plus utile qu'un simple "c'est nul" ou "c'est bien" =)


Nouvelle : Post phobie - La mort

ATTENTION PAVE !!

La mort


Le bunker dans lequel je me trouvais était exiguë et sombre. Le son grinçant d’une lanterne de marin se balançait au rythme des ombres projetées. La lumière de la lampe à huile installée sur la table ne permettait pas d’en voir davantage. A côté, un dé se tenait sagement immobile. Pourquoi était-il là ce dé, d’ailleurs ? Je ne le savais pas. Et ça ne me choquais pas plus que ça en y réfléchissant bien. J’étais assis sur une caisse en bois parfaitement carrée ; en face de moi, un jeune homme au visage grave était installé sur un tabouret. Je ne connaissais pas son nom, mais j’avais le sentiment de le connaître depuis très longtemps. Il était très concentré, et bien que je ne puisse pas lire ses pensées, je pouvais les deviner facilement. C’était d’ailleurs la raison de notre présence ici.

Le silence était pesant. Je faisais quelques symboles indéchiffrables dans la fine couche de poussière déposée sur la table. Je n’avais rien d’autre à faire. Tant qu’il réfléchissait, je ne pouvais pas bouger. Je levais un coup d’œil vers les murs du bunker. Les rares étagères ou meubles présents servaient à ranger les rares réserves que nous avions faites. Moins d’une dizaine de boîtes de conserve et trois livres au total. Un tout petit générateur était posé sur une autre caisse en bois, à l’angle de la pièce, et vibrait doucement. Je ne suis pas claustrophobe. Je ne l’ai jamais été. Mais je ne supporte pas être enfermé dans cette pièce. Parce que je sais ce qui nous attend dehors…

Ses cheveux noirs comme la nuit remuent légèrement lorsqu’il relève la tête. Il me regarde alors droit dans les yeux.
« - On devrait y aller. On est resté ici assez longtemps. »

Sa voix était calme, très neutre, et son regard ne trahissait aucune peur. Comme si ce qui nous arrivait était tout à fait banal. Mais ses mots me firent froid dans le dos. Je pâlis très certainement, car il me dit :

« - Tu n’as pas à t’inquiéter. Tout va bien se passer. »

Mais je savais que ce n’était pas vrai. Il voulait me rassurer, mais il ne le pouvait pas. Dehors, c’était l’enfer. Un crissement de chaussure résonna à ma droite. Dans l’angle derrière moi, un autre de mes compagnons attendait. Je ne l’avais pas vu. Ou du moins, je ne me rappelais pas depuis quand il était dans cette pièce. En tout cas, il était terrifié. Lui aussi savait ce qu’il y avait dehors, et la remarque de l’autre garçon ne lui plaisait pas.

« - Allons-y », dit le garçon aux cheveux noir.

Il se leva, et nous fîmes de même. Je poussai ma chaise de fortune un peu plus loin afin d’ouvrir la lourde porte métallique derrière moi. Sa couleur grise ne proposait aucune émotion ; elle trahissait seulement l’étrange situation dans laquelle nous nous trouvions actuellement. Nous traversâmes un couloir long d’à peine sept ou huit mètres, et au bout duquel une autre porte nous attendait. Cet espace étroit était lui aussi très peu éclairé, à tel point que je me demandais comment nous faisions pour avancer sans nous marcher les uns sur les autres. Au bout du couloir, le garçon aux cheveux noirs se retourna vers moi.

« - Passe devant. On te suit. »

Mon instinct me disait de ne pas lui faire confiance. Mais une force inconnue me poussait à l’écouter. Ma naïveté ? A moins que ce ne soit autre chose… Il ouvrit la porte ; lentement car elle était lourde ; en grinçant car elle n’avait pas été utilisée depuis longtemps. Puis je l’empruntais pour me retrouver à l’extérieur.

Au départ, je fus ébloui par l’éclat du soleil. Celui-ci me brûlait les yeux, et je fus obligé de mettre mon bras devant mes yeux pour les protéger. Lorsque je m’habituais à cette lumière, je fus immédiatement saisi et choqué par le spectacle qui s’offrait à moi : partout, absolument partout, des troncs d’arbres morts. Ceux-ci étaient espacés de plusieurs mètres, aussi, si on regardait le paysage de plusieurs mètres au-dessus de moi, seul un spectacle de désolation sauterait aux yeux. Mais pas de blocus. Je me retournais, pour me rendre compte que j’étais seul, avec le garçon peureux. Notre compagnon aux cheveux noirs avait disparu. Mais quand ? Je ne me demandais pas comment, car cette question n’avait pour moi aucun sens. Je tournais à nouveau la tête devant moi, et fis face à mon cauchemar.

L’air était sec, et l’atmosphère lourde. Entre les arbres, du sable se soulevait au gré du vent. Certains troncs morts faisaient deux têtes de plus que moi, d’autres ne dépassaient pas mon genou. J’étais effrayé par ce spectacle. Il était pire que ce que j’avais imaginé. Plus aucune trace de vie végétale ou animale ne subsistait en ce lieu. Comment en était-on arrivé là ? Pourquoi n’avait-on pas réagit avant ? S’étaient-ils seulement rendu compte que le monde dépérissait ? Je ne pouvais pas rester ici, je ne pouvais pas supporter cette vision. Mes jambes bougèrent d’elles-mêmes, et faisaient leur possible pour m’amener loin de ce désastre.

Sur le chemin, je remarquais tous les horribles détails qu’avaient laissés les êtres vivants. Ici, des os d’animaux se tassaient entre deux arbres ; là, un nid d’oiseau abîmé semblait être tombé d’une branche, il y a longtemps. Un œuf y était encore, mais je savais déjà que je ne trouverai rien d’autre qu’un fœtus mort à l’intérieur. Tous ces indices de vie disparue me faisait trembler, et je perdais mes moyens un peu plus à chaque pas. Tout le long du chemin, je sentais mon compagnon peureux trembler et gémir. Mais je ne m’aperçus de son silence que quelques minutes de marche plus tard. Je me retournais. Il n’était plus là. Je paniquais.

« - Tu es où ? Tu es où ?! »

Pas de réponse. Je fis marche arrière, afin de le retrouver. Il me fallut un petit instant avant de retrouver son corps. Ou du moins ce qu’il en restait. Le garçon était adossé à un arbre, le visage faisant face au sol, et la peau grise, comme usée par le temps. Son corps était froid. Il était mort. Il avait rejoint la peinture de désolation que nous traversions. Pris d’une panique folle, je couru à toute vitesse dans le chemin inverse. Rapidement, le chemin s’agrandissait, la distance entre les arbres augmentait, et je finis par arriver en face d’un arbre gigantesque.

Ce monument naturel était encore entier, mais pas en très bon état. Il aurait pu faire pâlir de jalousie l’arbre géant de Totoro, mais un détail l’en empêchait. Ses branches étaient sans feuilles ; celles-ci juchaient le sol dans une atmosphère automnale des plus inquiétantes. Associé à cette atmosphère sèche et oppressante, le tableau qui se dessinait devant moi était le comble de la frayeur. Et le cadavre suspendu le long du tronc n’aidait pas à ressentir le contraire. Ses cheveux longs descendants le long du visage penché vers le sol, et ses vêtements amples et délabrés ne me permettaient pas de savoir si c’était un homme ou une femme. Sa peau était cassée par la chaleur et le manque d’eau, et couverte de blessures. Par endroits, la peau gonflait, ou trahissait des bleus, suite à des coups sans doute violents.

Mais elle était morte. Comme l’arbre, et comme toute la vie qui entourait ce lieu. Le cadavre était suspendu par les bras au-dessus de sa tête. Je vivais un cauchemar. Où ai-je bien pu tomber ?! Quel est cet endroit ?! Pourquoi dois-je subir ça ?! Je ne pouvais pas rester là sans rien faire, mais quel pouvoir pouvais-je bien avoir, moi qui étais désormais seul, vivant, autour de cette mort environnante. Même mon compagnon était mort, alors que j’étais près de lui ! Combien de temps allait-il falloir pour que j’ajoute ma touche personnelle à ce tableau ? De désespoir, je tombais à genou, et levais les yeux vers le cadavre, tremblant.

« On a toujours le choix. »

Je ne sais pas d’où viennent ces mots, mais ils ont traversé mon esprit. Quelqu’un me les a dit un jour, et ils ne m’ont jamais quitté depuis. Et ils reviennent me hanter aujourd’hui. Ou plutôt m’aider. Ceux-ci résonnent dans ma tête, je les tourne et retourne dans tous les sens, avant de me rendre à l’évidence : je pouvais essayer. Les mains tremblantes, je creusais au pied de l’arbre géant. Je trouvais une petite racine fatiguée, que j’arrachais sans difficultés. Je la tenais précieusement au creux de mes deux mains, et me mit à courir prudemment.

Je contournai l’arbre, et continuai mon chemin dans le sens opposé à celui qui m’avait mené jusqu’à lui. Je courrai, trébuchant parfois, manquant de faire tomber la racine. C’était pour moi le plus précieux des trésors. L’air s’asséchait davantage, les troncs d’arbres craquaient, des cadavres apparaissaient un peu plus souvent ; le sable volait plus facilement, des fleurs flétries, des crânes, et des peaux d’animaux morts jonchaient le sol à chaque pas supplémentaire. Mais je m’efforçais de ne pas y faire attention. Quelque chose était en jeu. Aussi, à chaque fois que ce genre de vision me faisait face, je détournais les yeux, ou faisait comme s’il n’y était pas.

Puis, ce fut le miracle. Une flaque d’eau. Je l’avais espérée. Je n’y croyais presque plus, mais je l’avais trouvé ! Je me jetais à plat ventre dessus, et plongeai l’extrémité de la racine au bord de l’eau. Je croyais que rien ne se passait. Mais très vite, tout se mit à bouger. La racine se mit à boire la flaque d’eau. La première grossissait à vue d’œil, au même rythme que la deuxième. Ce n’était pas logique, mais la vie reprenait le dessus. Le reste de l’arbre grandissait, sortait sa première feuille, son premier tronc. L’arbuste qui apparut durcissait, multipliait le nombre de ses branches. La flaque aussi s’étalait, et avalait la mort environnante. Et dans le même mouvement, ma peur s’estompait.

Avec hésitation au départ, je ramassais les restes de vie qui jonchaient le sol, d’abord du bout des doigts, puis à pleines mains. La racine et la flaque d’eau nourrissaient mon courage, et mon courage les nourrissait. Je le sentais. Nous avancions vite, et bientôt, nous arrivâmes à l’arbre géant. Je m’arrêtais, inquiet face au cadavre sur le tronc. Ma racine et ma flaque s’arrêtèrent elles aussi. J’hésitais. Ce corps était le dernier rempart appartenant à la mort. Lentement, j’avançais ma main, et touchait les chaînes attachées aux poignets du cadavre ? L’eau, elle, toucha la racine de l’arbre.

Un vrombissement énorme se fit entendre. Le tronc s’affaissa, le corps tombait avec lui. Mais en dessous, un autre monument végétal surgit des restes de l’arbre géant. Une branche plus grande que moi apparut sous mes pieds, et elle me souleva du sol. Puis elle se mit à monter, encore, et encore, et encore, et encore. Le nouvel arbre grandissait à une vitesse ahurissante ; ses feuilles verdoyaient de plus en plus, il s’étalait et s’imposait au reste de la forêt, qui avait repris vie.

Moi, au sommet de ce spectacle je ressentais la vie. J’avais choisi de ne plus avoir peur. J’avais choisi d’agir. Et désormais, mon arbre et ma mer nourrissaient ce monde en vie.
Dernière édition par Nicomanga le 16 Jan 2016, 18:26, édité 3 fois.
Image

Songe 1 : royaume des doutes


Trophées : 0/6/10/20
We are Legend
Agent du Chaos
Chuitrod4rk
Team 34 ?
Héros
Ascension

Vétéran
Kikilaplusgrosse ?
Fan
Le Chat Bugué
People
Vive les couteaux !
Engagé
Kikinaéteintlaloupiotte ?
Perfect
Winner !

Naissance
Oups !
Galinette cendrée
C'est l'heure du dudududuel !
Grand Voyageur
Tu veux être mon ami ?
PPDA
T'es mort !
2 étoiles
Casse-noix
Chrysanthème
Patchwork
CACA !
Brûle mon cosmos !
Service civique
Couronne
Toxique
Foutu livre !
1 étoile
PNJ
Assistance
Avatar de l’utilisateur
Nicomanga
Clé des Flood
 
Messages: 2303
Inscription: 14 Juin 2011, 14:06
Localisation: Je suis caché dans mon nez !
Phobie/ Pouvoir: Indolore

Re: Une plume sans histoire

Message non lupar Nicomanga » 29 Aoû 2015, 20:57

Edito :

[Et voici, après un long moment d'absence sur ce topic, une nouvelle nouvelle (lol). Cela faisait longtemps que je l'avais écrite, mais je n'avais pas trouvé le temps de la taper sur l'ordi. Je pense que, comme toujours, il y a des choses à modifier. Mais pour le moment je pense l'avoir assez bien travaillée. Je reviendrai dessus plus tard. Celle-ci est, je crois, bien plus longue que les précédentes. Elle est divisée en plusieurs parties séparées par trois étoiles de ce genre : *

Pour que ce soit plus digeste, j'avais pensé à mettre des balises couleurs, mais j'ai préféré renoncer. J'avais peur qu'affiché comme ça, vous le lisiez en mode rp. Or, ce n'est pas un récit de rp, c'est une vraie nouvelle. Donc je suis resté sur le style d'écriture/affichage traditionnel de récit. Désolé pour ça. Ca risque d'en décourager certains vu le pavé, mais je préfère que vous "viviez" le récit comme je le souhaite.

Par ailleurs, afin de vous mettre dans l'ambiance, je vous invite à mettre une musique épique pour vous mettre dans l'ambiance. Elle sera utile jusqu'à la deuxième fois où vous verrez des étoiles. Pour le reste, vous pouvez soit mettre des musique d'ambiance qui sont fortes en émotion, comme One Summer's Day, issue du magnifique film "Le Voyage de Chihiro". Enfin, n'importe quelle musique de l'univers Ghibli conviendrait selon moi. Mais pas de Disney, vous pouvez allez vos faire tuer par Didine si vous utilisez des chansons de ce studio.

Pour finir ("Last but not least"), contrairement, aux autres nouvelles, je n'ai pas vraiment de titre approprié pour cette nouvelle. Et je n'en veux pas. Elle aussi a le point commun d'être liée au monde des rêves (une petite partie de ce récit est issu d'un de mes rêves, je vous laisse réfléchir duquel il s'agit, si vous en avez l'envie). Ça n'a pas vraiment de rapport avec le fait qu'il n'y ait pas de titre, mais je m'en fiche, je voulais le dire quand même ici. Et puis quoi qu'il en soit, je n'ai pas l'envie de mettre un titre, puisque je trouve que ne pas lui en mettre... Et bien ça correspond exactement à l'esprit que j'ai souhaité attacher à cet écrit. J'espère sincèrement qu'il vous plaira. J'ai énormément eu de plaisir à l'écrire surtout la deuxième moitié dans les ruines, bien que l'histoire n'est pas très joyeuse dans son ensemble. (bon par contre, j'arrive pas à faire une intro qui me convient, mais ça c'est une autre histoire)

Comme toujours, si vous pouvez m'en faire un retour (des critiques, bonne sou mauvaises, comme toujours, mais un minimum détaillées, ce serait le top !), j'en serai très content. Je cherche toujours à m'améliorer, et vous pourriez remarquer des défauts que je n'ai jamais remarqué, ou des bonnes choses que je pourrais approfondir.


Merci beaucoup, et excellente lecture !]



Nouvelle : Guerre

Guerre



« Soldats, voici notre ultime chance. »

Cette déclaration était fataliste. Irrévocable. Chacun d’entre nous connaissait la situation dans laquelle nous nous trouvions, et ces simples mots la rendaient plus réelle à chaque seconde. Dans la salle sombre aux appareils militaires rudimentaires, le silence régnait. Seuls quelques bruits d’explosion venaient parfois briser sa solennité. Nous nous trouvions à plusieurs dizaines de mètres sous terre, nous assurant ainsi une défense naturelle contre les attaques aériennes et terrestres ennemies. Mais cela nous empêchait également de progresser, et je n’arrivais pas à me débarrasser de cette sensation d’être fait comme un rat. Le général, armé d’une baguette, poursuivit.

« Comme vous le savez, le temps ne joue pas en notre faveur. Cette mission est cruciale, et déterminera notre avenir à tous. Nous ne pouvons nous permettre d’échouer. »

Je ne me rappelle plus quand cette guerre a commencé, ni pour quelle raison. Sûrement à cause d’une querelle stupide entre deux imbéciles à qui on avait donné trop de pouvoir. Mais peu importe. Hormis ceci, une chose était sûre : nous perdions.
Le chef militaire afficha une carte en couleur visible par tous. Une zone rouge couvrait presque toute l’image, tandis qu’une partie bleue en bas à gauche semblait perdue, telle une immense tâche d’encre sur un tableau.

« Comme vous pouvez le constater, nos ennemis contrôlent près de 80% du territoire. Dix pour cent sont des zones impraticables, tels que des marais ou des ruines. Et les dix restants sont le lieu où nous nous trouvons actuellement. »

Il marqua un bref silence pour souligner la gravité de la situation. Nous étions une quinzaine, et lui prêtions tous une oreille attentive. Malgré les querelles qui nous opposaient auparavant, nous nous entre aidions désormais aussi sûr que si nous étions des frères. Les deux bouts de la baguette chacun dans une main, il tordait son outil inconsciemment, marquant involontairement l’inquiétude qui le rongeait. Il regarda chacun d’entre nous, et reprit.

« La topographie de notre zone assure une couverture évidente qui, non seulement ralentira l’armée adverse, mais nous permettra aussi de contre-attaquer au cœur même de leur camps. »

C’est vrai qu’un avantage pareil existait, mais ce n’était pas pour rien qu’il n’avait jamais été utilisé jusqu’à présent. Ce passage était un chemin tortueux, divisé en plusieurs tunnels végétaux. Ceux-ci s’étendaient de notre base au reste du champ de bataille. Certains de ces tunnels étaient enfouis profondément dans le sol, mais la plupart étaient à découverts, bien au-dessus du sol. Malgré l’épaisseur des troncs et branches qui en constituaient les parois, les traverser restait risqué, et en cas de chute, il n’y avait aucun échappatoire possible. Par ailleurs, certains s’étendaient dans les marais, et des éclaireurs nous ont rapporté quelques mois auparavant que l’avancée était impossible, ou tout du moins trop dangereuse. La faute à l’humidité de cette région, certainement.

Soudain, une bombe explosa à la surface, non loin d’ici. La salle trembla, et de la poussière tomba du plafond en grande quantité. La tension monta d’un cran. Certains lançaient des regards inquiets, tandis que les autres les calmaient comme ils pouvaient. Mais un simple coup d’œil suffisait à comprendre qu’eux aussi avaient peur. Perdus entre l’angoisse d’une mort proche et le désespoir, nous écoutions attentivement le plan.

« L’équipe d’éclaireur partira en premier. Chacun d’entre vous empruntera un tunnel, et devra se débarrasser des éventuels pièges posés à notre attention. Bien que tous les chemins ne soient pas connus, il est fort à parier que la plupart soient remplis de bombes ou de soldats. »

Avec sa baguette, il pointa sur la carte les quatre premiers tunnels. Le gars sur ma droite trembla.

« Les voies A à D mèneront au cœur du camp. Après avoir fait le ménage, les équipes d’élite et de soutien vous rattraperont. Arrivés au point d’attaque, leur rôle sera de détruire les points de ravitaillement et d’armement. Une fois ceci fait, ils devront se rendre au point ‘armes lourdes’, situé cente mètres plus loin. »

A chaque lieu mentionné, il pointait de sa baguette sur des croix, pour appuyer ses propos. Cent mètres, sur une carte, équivalaient à deux kilomètres ressentis sur un champ de bataille. Même la plus courte des distances était le plus grand des défis.

«Des lance-roquettes T49, des lance-grenades PRT12, ainsi que des chars d’assaut Diracen8 seront à disposition là-bas. Ces modèles sont les mêmes que nous utilisons, donc vous en connaîtrez déjà le fonctionnement.»

Des détonations se firent entendre, suivies de trois explosions, un peu plus proches cette fois-ci. Les secousses reprirent et la lumière tressaillit en même temps. Notre général, impassible, indiqua les derniers tunnels végétaux. Je tressaillis immédiatement. J’étais concerné.

« Les voies E, F, G et H concerne l’équipe stratégique. Elles mèneront respectivement aux ruines situées à l’ouest de la région, et aux marécages au Nord. Comme tous les tunnels se superposent, votre rôle sera de désorienter l’ennemi et les attirer loin de leur base. Au point de contrôle qui vous est attribué, vous devrez récupérer les cargaisons cachées, et vous en servir pour baliser la zone. Votre rôle est crucial pour la réussite de cette mission. Aussi, je vous donne carte blanche. Je ne vous donnerai aucun autre ordre que de réussir.»

Ma main tremblait, malgré mes efforts pour la contrôler. La responsabilité qui m’incombait déciderait de la survie ou de la mort de tous mes camarades. Jamais dans ma vie j’avais ressenti un tel poids sur mes épaules. Et ça m’effrayait.

« Je sais que vous êtes inquiet. C’est normal. Mais je vous connais. Je sais que vous allez réussir. Après tout, vous avez survécu jusqu’à présent ! Mais assez discuté ! Si vous avez tout compris, prenez vos affaires, et rejoignez le tunnel qui vous a été attribué. »

Il marqua une pause, et nous regarda gravement. Une lueur de fierté filtra brièvement son regard.

« Messieurs. Il s’agit peut-être de notre dernière mission ensemble. Je suis certain de votre réussite. Même si certains d’entre vous risquent de ne pas survivre, ils pourraient créer celle des autres, de notre peuple. Votre devoir, désormais, est de ne laisser aucune mort vaine. »

Il se mit au garde à vous, et d’une voix puissante, nous dit des mots qui restèrent à jamais gravé dans ma mémoire :

« Je suis fier d’avoir combattu à vos côtés. »

Nous lui rendions son salut avec le plus grand des respects. Nous savions que nous courrions à la mort. Nous avions peur. Mais quoi qu’il arrive, nous y allions avec honneur !

*
*
*

Je me rendis au tunnel E, qui menait aux ruines. Cette voie était sûrement l’une des plus dangereuses en raison de sa location, mais de ce fait l’une des moins fréquentées. Peu importait. Il fallait bien que quelqu’un y aille. Je regarde mes compagnons une dernière fois. Eux aussi étaient prêts au départ. Je me retourne vers le général, attendant son signal. Celui-ci nous regarda un à un, salua, et dit :

«Messieurs… Bonne chance ! »

Je tournais la tête vers mon tunnel. Il ne semblait pas avoir de fin. Seules les ténèbres se présentaient à moi. Sans réfléchir, je fonçais aussi vite que mes jambes le permettaient.

Je courais, encore et encore. Le chemin alternait parfois entre un virage à droite, ou un à gauche, mais restait la plupart du temps en ligne droite. Par moments, le vacarme de coups de feu, d’explosions ou d’hommes hurlants de douleur se faisaient entendre. Le genre de son qu’on n’oublie pas… Cela stimulait ma peur, et mon adrénaline. Je courais toujours plus vite, toujours plus loin, vers une destination incertaine.


*
*
*

Contre toute attente, aucune contrainte ne s’était présentée sur mon chemin. Pas une seule mauvaise surprise. Et c’est sans encombre que j’arrivais aux ruines. Au moment même où je m’échappais du tunnel végétal, la lumière du soleil surgit, et m’aveugla quelques secondes. Lorsque mes yeux habituèrent, je pus observer un paysage de fin du monde : des bâtiments étaient tombés, avec quelques rares murs ou étages encore en place, par dieu sait quel miracle. Beaucoup étaient des maisons, je soupçonnais l’un au fond d’être un centre religieux, au vu des statuettes installées au pied de ce qui était autrefois une porte. Au loin, la symphonie diabolique de la guerre faisait rage, mais seuls quelques sourdes mélopées de violence arrivaient jusqu’en ce lieu. Ils m’incitaient à me dépêcher. Comma l’avait indiqué notre meneur, je trouvais la cargaison cachée sous de piliers renversés. Immédiatement, j’obéis aux ordres que l’on m’avait donné, et balisais la zone.

Il me fallut près de quarante minutes pour installer tout le matériel. Il s’agissait près de paraboles étranges, qui, une fois activées, pointèrent automatiquement la même direction. La base ennemie.

Une fois ma tâche terminée, je partis à la recherche d’autres équipements ou vivres qui auraient survécus à tous les attentats répétés en ces lieux. Je longeais un mur sur ma gauche, sautais par-dessus un muret qui se présenta à moi, et rentrait dans un immeuble. Je passais par un trou béant qui remplaçait un mur. A l’intérieur, tout était dévasté. Hormis dans les angles, l’intégralité du plafond était en miettes, et répandue sur le sol. Des briques et des morceaux de murs s’amoncelaient anarchiquement au sol. Je continuais mes fouilles sans trop de conviction en soulevant des plaques de plâtre qui se trouvaient ici et là, lorsque j’aperçus au fond de la salle ouverte un corps. Je ne l’avais pas vu en rentrant puisque celle-ci était cachée derrière un amas de graviers et débris en tous genres. En m’approchant, je me rendis compte qu’il s’agissait d’une jeune femme. Celle-ci était blonde, les cheveux abîmés, le visage maigre et fatigué, une large trace de sang partant de sa chevelure jusqu’à son menton, les vêtements poussiéreux. Elle semblait morte. Rien, jusqu’à présent, ne m’avait fait plus de peine que ce corps, cette personne, seule, oubliée de tous, et morte sans avoir vu rien d’autre qu’un lieu désolé et froid.

Je me demandais subitement depuis combien de temps son corps était ici. Aucune odeur de décomposition n’émanait de son corps. Le doute m’envahit. Et si… Et si elle était encore en vie ? Anxieux, épris d’un désir violent de voir un signe de vie émaner de ce corps, je portais ma main à son cou, pour vérifier son pouls. A l’instant même où je touchais sa peau, elle tressaillit, et souffla. Sa respiration était devenue un peu plus perceptible, mais son rythme saccadé m’inquiéta. Je levais mon regard, et lu la peur dans ces yeux grands ouverts. Ils étaient injectés de sang, et secs. Elle souffrait de déshydratation. Je souhaitais lui offrir de l’eau, mais j’avais terminé ma gourde pendant que j’installais les balises. Mon cœur se serra davantage ? Pourquoi faut-il qu’il y ait des victimes ? Pourquoi doivent-ils souffrir de la sorte ?

Je saisis la main de cette fille qui était posée sur son ventre, et entendit un bruit visqueux. Un simple coup d’œil me suffit à comprendre la gravité de ses blessures. Une tâche rouge dépassait légèrement de son t-shirt. Des bandages semblaient avoir été posés, mais étaient désormais imbibés du sang de cette pauvre victime. Je resserrai mon étreinte, et m’assis à côté d’elle. Je l’installais contre mon épaule et la clamais autant que je pouvais.

« Chhh… Calme-toi. Tu ne crains plus rien… La guerre est finie… Tu peux te reposer. »

Je ne savais pas pourquoi je lui mentais. Peut-être que je voulais me rassurer moi-même ? Au loin, on entendait encore l’écho infernal des militaires. Mais peu m’importait. Tout ce que je souhaitais, c’était la rassurer.

Le temps passa. Le soleil continuait son chemin, et arrivait en fin de parcours. Dans sa descente, il nous éclaira tous les deux. Sa lumière nous réchauffa, et aida la jeune femme à se calmer. Je la serrai davantage, tenant sa main dans la mienne, en lui offrant toute la bienveillance qu’il me restait à donner. Ma tête reposait contre la sienne, comme le dernier geste de tendresse qu’elle recevrait. Appuyée contre moi, je la sentais peu à peu se détendre. J’oubliais l’horrible cacophonie qui nous parvenait grâce aux vents, me laissais envahir par la chaleur bienfaisante du soleil, et, après quelques minutes, m’endormais.

*
*
*

La fraîcheur du matin et sa timide lumière blanche me tirèrent du sommeil. Le silence régnait. L’écho de la guerre, qui hier encore gâchait le calme de ces ruines dans un arrière-plan sonore horripilant, avait disparu. J’essayais de bouger, mais j’en étais empêché. Un poids était appuyé contre mon côté gauche, et gênait mes mouvements. La jeune femme. Son corps était rigide, froid et lourd. Je retirais mon bras maladroitement, en faisant attention de ne pas trop brusquer son cadavre, et la posais délicatement à côté de moi. Je me levais pour réchauffer mes muscles. Contrairement à ce que j’avais imaginé, ils ne me faisaient pas souffrir, malgré le froid nocturne. J’étais engourdi, certes, mais rien de plus. Je regardais le corps plusieurs minutes, retenant chaque trait de son visage et de ses mains, ses cheveux, ses vêtements. Je gravais son image dans sa mémoire. Je ne voulais pas l’oublier, comme toutes ces autres personnes mortes chez elles ou dans un lieu inconnu, sans que personne ne soit là pour dire qu’ils ont été. Je ne connaissais pas son nom, mais me rappeler de son visage était au fond de moi comme le dernier hommage à son existence. Tant que je me souviendrai d’elle, je serai sûr que cette pauvre femme a eu une existence. Je serai le dernier témoin de sa vie. De sa présence sur cette Terre.

Je sortis du bâtiment en me forçant de ne pas regarder derrière moi. Les gravats craquaient à chacun de mes pas, et me suivirent jusqu’à la limite du terrain. Celui-ci se terminait par une légère colline, elle-même faisant face à un ravin. A son bout, je fixais l’horizon. Aucun bruit ne surgit. Rien. Pas même la moindre brise ne venait susurrer sa mélodie à mes oreilles. J’étais seul. Seul au monde. Je supposais que la guerre était terminée. Mais d’ici, impossible de savoir qui avait gagné. Ou même s’il y avait des survivants. La lumière matinale me fit face, et dévoila sous mes yeux un paysage ravagé. Ce tableau était teinté d’une nuance étrange, et en le regardant je ne savais plus ou j’en étais. Plus je l’observais, et plus je me perdais, jusqu’à oublier où j’étais. Je vidais mon esprit et attendais que l’on vienne. Quelqu’un ou quelque chose. Ce fut un oiseau qui répondu à mon appel. Un trille mélodieux surgit de nulle part, avant de se taire. Je tendais l’oreille, désireux d’entendre à nouveau ce son prodigieux. Un nouveau trille. Merci. La voix de l’oiseau reposa mon esprit. Je me laissais emporter, et ne me souciais plus de rien.

J’étais incapable de savoir combien de temps je restais ainsi subjugué par ce moineau au chant salvateur. Lorsque je revins à moi, je repensais sereinement à ma situation. Selon moi, il n’y avait aucun survivant. Sauf moi. Quelque chose de nouveau se présentait à moi. Je ne savais pas où je devais aller, ni même où je souhaitais me rendre. Je ne savais pas non plus ce que j’allais trouver. Des survivants ? Des corps sans vie ? Des paysages dévastés par la guerre ? La désolation ? Ou peut-être le calme, et la solitude… Les champs en contre-bas m’indiquèrent que ce voyage sera marqué par l’inconnu. Une escapade silencieuse, solitaire et sans fin, au milieu du chaos et des ruines de toute une civilisation. Mais je n’éprouvais ni peur, ni tristesse. Au contraire. J’étais heureux, et confiant. Parce qu’aujourd’hui, j’étais vivant.
Dernière édition par Nicomanga le 16 Jan 2016, 18:28, édité 2 fois.
Image

Songe 1 : royaume des doutes


Trophées : 0/6/10/20
We are Legend
Agent du Chaos
Chuitrod4rk
Team 34 ?
Héros
Ascension

Vétéran
Kikilaplusgrosse ?
Fan
Le Chat Bugué
People
Vive les couteaux !
Engagé
Kikinaéteintlaloupiotte ?
Perfect
Winner !

Naissance
Oups !
Galinette cendrée
C'est l'heure du dudududuel !
Grand Voyageur
Tu veux être mon ami ?
PPDA
T'es mort !
2 étoiles
Casse-noix
Chrysanthème
Patchwork
CACA !
Brûle mon cosmos !
Service civique
Couronne
Toxique
Foutu livre !
1 étoile
PNJ
Assistance
Avatar de l’utilisateur
Nicomanga
Clé des Flood
 
Messages: 2303
Inscription: 14 Juin 2011, 14:06
Localisation: Je suis caché dans mon nez !
Phobie/ Pouvoir: Indolore

Re: Une plume sans histoire

Message non lupar Nicomanga » 16 Jan 2016, 18:21

Edito :

Et voici un nouveau texte après un petit moment d'absence (comme la dernière fois vous me direz).

Ce texte est un peu particulier pour moi. Comme vous le savez peut-être, j'ai pas mal d'histoires en tête. Et celle là trotte dans ma cervelle depuis un an et demi. A la base, j'aurais souhaité en faire un court métrage. Comme je n'ai pas les moyens techniques, logistiques et matériels pour le faire, je me contente de développer mon idée avec des textes courts. Vous avez donc en dessous une toute petite partie de mon idée développée.

Bon, la chute va ultra vite à mon goût, et mal amenée, mais peu importe, je pourrai toujours modifier ça plus tard. C'est à améliorer quoi qu'il arrive.

Bonne lecture !



Nouvelle : Pouvoir de contestation

Pouvoir de contestation



Le discours passionné de cette femme émergeait de beaucoup, si ce n’est de tous les foyers. La voix de la candidate s’échappait des fenêtres laissées entrouvertes pour laisser le vent estival rafraîchir les habitations. Plusieurs commentateurs et politologues reconnus condamnaient ouvertement les paroles et actes de ce parti, et s’étonnaient avec tristesse du succès qu’il rencontrait. Des mots de haine cachés par des allégories ambiguës, des intentions belliqueuses déguisées sous des promesses de succès et de gloire de la nation, ou des condamnations hasardeuses et gratuites visant des cibles faciles. En usant d’artifices, sophismes et manipulations divers, ils avaient su se faire une place dans le monde de la politique.

Les rues étaient affreusement vides en ce début d’après-midi. Le fait que nous étions au cœur de l’été y était sûrement pour quelque chose. Pourtant, dans une ville de cette envergure, cela relevait presque de l’impossible. Après un déjeuner peu copieux, le jeune homme retournait tranquillement à sa boutique d’informatique. Il avait créé cette petite entreprise sur un coup de tête. Il y avait un an, presque jour pour jour, le « Comptoir Binaire » ouvrait ses portes. Et depuis, il semblait sur une bonne lancée. Bien que cette affaire ne fût encore qu’à ses balbutiements, il avait su créer une base de clients fidèles. Ceux-ci fournissaient ce qu’il lui fallait de ressources pour continuer à alimenter son commerce.

Chaque jour, il se rendait à pied de son logement à son travail, coupant ses occupations à midi pour se restaurer. Ce mois-ci était cependant différent. Les élections approchant, la ville s’était dotée d’une énergie étrange qu’il n’avait jamais connu. Les affiches des candidats ornaient tous les murs, les conversations revenaient toujours vers ce sujet, et les émissions à la radio et à la télé montraient en boucle des sujets houleux de société, ou des discussions animées entre candidats. Bref, ce monde politique était omniprésent.

Pour le jeune homme, ces débats étaient stériles, et n’avaient que peu d’intérêt. Les joutes verbales rediffusées étaient lancées au hasard, sur des sujets qu’aucun candidat ne semblait maîtriser, ni même y porter un véritable intérêt. Mais parmi tous ces concurrents, seul le discours de cette femme ne le laissait pas indifférent : promouvoir la haine et la destruction des autres, en mettant en avant un égoïsme effarant, tout cela formait ce qu’il détestait le plus.

* * *


Perdu dans ses pensées, il n’emprunta pas le chemin habituel pour se rendre à son travail. Lorsqu’il s’en rendit compte, il se trouvait aux abords du Parc Montesquieu, près d’HLM délabrés. Il s’y arrêta quelques secondes. Après un instant de réflexion, il rebroussa chemin. Il passa devant des affiches de la candidate, qui prônait le retour de ce peuple si puissant et si fier qui aurait habité dans ce pays il n’y a pas si longtemps. Mensonges ! Encore des dépravations qu’elle crachait comme du venin pour gagner toujours plus d’influence ! Le jeune homme s’arrêta et détailla les inepties qui recouvraient ces annonces de propagande. Il jeta alors un coup d’œil autour de lui, pour s’assurer que personne ne l’épiait, puis sortit un feutre fin noir, dont il ôta le bouchon. Il approcha son arme d’une des images, et ancra une magnifique moustache au milieu du visage de la candidate, ainsi qu’une petite barbiche. Il se recula pour contempler son œuvre : avec de tels ornements, la sorcière avait un petit air belzébuthien. C’était parfaitement ridicule. Le jeune homme sourit, fier de son noble méfait.

Le jeune homme rangea son feutre, et repris sa route. En approchant du HLM, il fut interloqué par des exclamations provenant non seulement du foyer, mais plus précisément du poste de télévision. Il épia la scène à travers la fenêtre entrouverte, et remarqua après quelques secondes d’où venait cette animation : à la télévision, le débat avait cessé. Toutes les caméras étaient braquées sur la candidate maléfique, qui affichait un regard d’incompréhension. Des traits noirs décoraient son visage d’une stupide moustache et d’un grossier bouc.

Surpris, le jeune homme recula empli de crainte. Il fit quelques pas en arrière, avant de se précipiter chez lui. Arrivé à son logement, il s’y enferma à double-tour, s’assis sur son canapé délavé, et enfouit son visage dans ses mains. Qu’avait-il fait ? Comment cela était-il possible ? Après de longues minutes durant lesquelles aucune réponse ne lui vint, il se calma. Son acte – s’il en était bien à l’origine – signifiait une seule chose : désormais, ce parti de haine déversant des flots de mensonges et de violence avait un ennemi dont ils ne pourraient jamais détruire les armes : l’humour, et le ridicule.

Il sortit une dernière fois son feutre, le détaillant du regard. Il y lu le mot « indélébile ». Un mince sourire apparu sur ses lèvres. Au moins, à partir de ce jour, aucune de ses apparitions ne pourra être marquée par autre chose que le ridicule et la honte.
Image

Songe 1 : royaume des doutes


Trophées : 0/6/10/20
We are Legend
Agent du Chaos
Chuitrod4rk
Team 34 ?
Héros
Ascension

Vétéran
Kikilaplusgrosse ?
Fan
Le Chat Bugué
People
Vive les couteaux !
Engagé
Kikinaéteintlaloupiotte ?
Perfect
Winner !

Naissance
Oups !
Galinette cendrée
C'est l'heure du dudududuel !
Grand Voyageur
Tu veux être mon ami ?
PPDA
T'es mort !
2 étoiles
Casse-noix
Chrysanthème
Patchwork
CACA !
Brûle mon cosmos !
Service civique
Couronne
Toxique
Foutu livre !
1 étoile
PNJ
Assistance
Avatar de l’utilisateur
Nicomanga
Clé des Flood
 
Messages: 2303
Inscription: 14 Juin 2011, 14:06
Localisation: Je suis caché dans mon nez !
Phobie/ Pouvoir: Indolore


Retourner vers Le repaire de Sabba [Galeries, Arts & co]

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité